Je suis exposé régulièrement à des situations de passage à l’acte suicidaire de la part d’adolescent.e.s en détresse, et malgré tout ce qu’on peut entendre actuellement sur la préoccupation de la société pour la santé mentale, je constate que beaucoup de parents continuent d’éprouver un sentiment de honte dans ce genre de situations. Selon moi, cette honte parentale, c'est la double peine pour l'adolescent.e en souffrance.
Pourquoi un parent peut éprouver de la honte quand son enfant est hospitalisé pour passage à l'acte suicidaire ?
La honte est un sentiment très répandu chez les parents d’un.e adolescent.e en détresse, et je vois plusieurs explications à cela.
D'abord, la raison la plus évidente : avant le passage à l’acte, le parent n'a souvent pas perçu l'intensité du mal-être de son enfant. Voire, dans certains cas, il n'a rien vu du tout ! Parfois, le passage à l’acte suicidaire de l’adolescent.e est une tentative désespérée et extrême, de se faire entendre par ses parents. De nombreux ados disent pour commenter leur geste : "à la maison, on ne parle pas". La honte que ressent le parent en pareille situation, est la honte « de ne pas être un bon parent » : le parent constate qu'il.elle a failli dans sa fonction d'étayage et de protection.
Pour certains parents, l'hospitalisation de leur adolescent.e dans un service de pédopsychiatrie, correspond à la symbolisation institutionnelle de ce qu'ils ont manqué. D'autant que dans la plupart des cas, on procède à une période de séparation (consentie) entre parent et adolescent : l'institution prend temporairement le relai de la fonction parentale. Cela aussi, cela peut faire naitre de la honte chez le parent qui se sent démuni, désinvesti, privé de sa fonction parentale. D'où l'importance de l'étayage thérapeutique des parents en pareilles circonstances !
Je crois aussi que cette honte nait sur le terreau du tabou qui entoure le suicide. Qui n'a pas entendu qu'on n'offre pas de cérémonie funéraire à un.e suicidé.e ? La plupart des religions continuent « d'interdire » le suicide, et de le sanctionner. Alors dans un tel contexte, le suicide d'un enfant, c'est un peu le tabou suprême. Et ce tabou religieux, on le retrouve à différents niveaux de la société : comment en parler à ses proches ? à ses collègues ? à son employeur ?
La conséquence de cette honte, c'est que la plupart des parents que je rencontre, refuse que le motif d'hospitalisation de leur adolescent.e s'ébruite en dehors des murs de l'hôpital. "On dira qu'il a eu l'appendicite" est une phrase que j'ai beaucoup entendue, et qui en dit long sur le travail qu'il reste à accomplir. Dans certains cas, c’est même le passage à l’hôpital entier qui est nié, comme si avoir été hospitalisé était un signe de faiblesse ?
Cette honte parentale, c'est finalement la double peine pour l'adolescent.e : en plus de devoir se réparer, de trouver les ressources de s’en sortir, il doit porter la charge d’être devenu une source de honte pour son parent. Il existe même des familles où les parents apprennent à l’enfant un discours justifiant l’absence en classe, qu’il devra tenir auprès de tout le monde : famille, amis, entourage.
Lever les tabous, faire disparaitre la honte : voilà une mission à laquelle la psychothérapie s’attelle (avec succès) ! En pareilles circonstances, il me semble extrêmement nécessaire de donner cette recommandation aux parents : consultez, vous aussi, un professionnel de la santé mentale pour vous faire accompagner dans cette épreuve. Et si vous ne souhaitez pas consulter de psychologue pour échanger en face à face, voici plusieurs numéros de téléphone pour aborder le sujet du passage à l'acte suicidaire :
- 3114 : le numéro national de prévention du suicide. Un professionnel de soins (infirmier ou psychologue), spécifiquement formé à la prévention du suicide, sera à votre écoute afin d’évaluer votre situation. Permanence téléphonique 24h/24 et 7j/7.
- SOS Amitié : service d’écoute gratuit, anonyme et confidentiel. Permanence téléphonique 24h/24 et 7j/7. Tél. 09 72 39 40 50
- Suicide Écoute : écoute anonyme des personnes confrontées au suicide. Permanence d’écoute téléphonique 24h/24 et 7j/7. Tél. 01 45 39 40 00
- SOS Suicide Phénix : accueil et écoute anonyme de toute personne confrontée à la problématique du suicide. Permanence d’écoute téléphonique de 13h00 à 23h00. Tél. 01 40 44 46 45
- Phare Enfants-Parents : espace d’accueil et d’écoute contre le mal-être et la prévention du suicide des jeunes s’adressant aux parents et eux jeunes. Permanence d’écoute téléphonique du lundi au vendredi de 10h00 à 17h00. Tél. 01 43 46 00 62
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